La difficile question du financement des MOOC

Je récemment participé à une réunion organisée par l’Ambassade de France à Londres sur l’avenir des cours en ligne gratuits (MOOC), dans une perspective franco-britannique. De nombreux acteurs du domaine étaient présents: les dirigeants de plateformes, des représentants des universités et des designers de Mooc.


L’une des principales questions abordées lors dans cette réunion a été le financement. Les MOOC sont en principe gratuits pour les apprenants. Mais ils ont un coût. Pour prendre l’exemple de Gravity! nous avons estimé le coût global, y compris les heures de tous ceux qui y ont travaillé, à environ 100 000 €. Il peut vous sembler énorme, mais ce montant paraît être dans la bonne fourchette de ces cours en ligne. Et cela ne comprend même pas le coût de la plateforme. Bien sûr, la plupart de ces dépenses sont couvertes par des scientifiques qui prennent sur leur temps libre pour concevoir et développer les cours et pour aider les apprenants pendant leur déroulement. Mais un quart de la somme concerne les aspects techniques de la création des vidéos et doit être financé avec de l’argent bien réel. Dans le cas de Gravity! cet aspect a été principalement soutenu par Sorbonne Paris Cité, un consortium d’universités parisiennes qui a lancé un plan de développement de nouveaux projets de Mooc. Mais comment soutenir l’effort sur le long terme?

Diverses possibilités ont été discutées à la réunion de Londres. Tout d’abord, les plateformes sont absolument nécessaires et ont besoin d’un financement aussi. Elles ont souvent débuté sous l’égide d’une entité publique, l’Open University pour Futurelearn au Royaume-Uni ou le Ministère Français de l’Enseignement Supérieur pour FUN. Mais elles ont besoin d’acquérir une certaine autonomie financière. Il y a différentes façons de couvrir les coûts, au moins partiellement: certains proposent d’acheter un certificat de réussite (Futurelearn), d’autres offrent des options Premium payantes (OpenClassrooms). Et beaucoup regardent en direction des cours financés par des entreprises privées pour leur propre usage, comme une source de financement complémentaire.

Mais qu’en est-il du financement des cours eux-mêmes? Évidemment, les universités trouvent un intérêt dans les MOOC: un succès est une belle publicité. Mais leurs finances sont restreintes et pourraient ne pas pouvoir suivre le développement de ce type d’enseignement. Les plateformes reversent une petite fraction de leurs revenus aux cours mais c’est loin de couvrir les besoins. De toute évidence, les scientifiques sont prêts à consacrer une partie de leur temps libre. Mais est-il juste de demander à de jeunes chercheurs d’y participer sans aucun retour financier, quand ils ont à développer leur propre carrière scientifique? Dans le cas de Gravity! encore une fois, l’équipe comprenait une dizaine de post-doctorants et de doctorants qui le faisaient pour le plaisir. Mais qu’en sera-t-il des sessions suivantes du cours?

Pour Gravity! nous avons suivi une voie légèrement différente. Nous pensons que l’un des points forts des MOOC est leur ouverture à tout le monde, indépendamment de l’origine, du pays, des ressources financières ou du niveau d’éducation. Nous essayons donc de trouver des donateurs pour soutenir le développement des cours. Cela pourrait ne pas sembler être une priorité par rapport à d’autres bonnes causes, comme le développement de nouveaux traitements médicaux, la lutte contre la faim ou soutenir des enfants dans le besoin. Mais nous pensons qu’apprendre ensemble sur notre Univers est un exemple d’activité universelle qui rassemble tout le monde, une façon de se respecter tous et de réaliser que nous sommes tous sur une petite planète que nous devons préserver ensemble.

LOGO_RFPU Vb2Pour être franc, on n’a pas encore eu beaucoup de succès. Nous avons créé il y a quelques années avec George Smoot le Fonds de Dotation Physique de l’Univers, mais nous avons eu des difficultés à convaincre les donateurs que le développement de MOOC est une cause qui justifie de faire des dons. Nous avons également fait un essai de crowd-funding sur une plateforme créée par l’un de nos anciens post-doctorants. Vous avez peut-être vu sur la première page de ce site une proposition visant à financer une vidéo supplémentaire pour Gravity! mais il n’a pas soulevé beaucoup d’intérêt: seulement 96 $ depuis qu’il a été créé, et il ne nous reste que 4 jours!

Mais nous allons poursuivre dans cette voie sans nous décourager. Les cours en ligne se développeront certainement comme une alternative à l’enseignement que nous offrons aujourd’hui dans nos universités. Et les étudiants pourraient avoir à payer pour les suivre. Mais nous pensons que certains autres cours, comme Gravity! devraient être accessibles à tous ceux qui veulent apprendre et réfléchir sur le monde qui nous entoure, indépendamment de leur origine et de leurs moyens financiers. Donc, si vous connaissez des personnes susceptibles de nous aider, alors parlez leur de nous (les coordonnées de contact peuvent être obtenues ici).

Pierre Binétruy

 

2 comments

  • BOHEAS

    Bonjour,
    Le don est-il déductible fiscalement soit en impot sur le revenu, soit en ISF? Il serait peut-être bien de le souligner.

    Merci de votre réponse

    • Pierre Binétruy

      Je réponds avec beaucoup de retard. Oui, parce que nous sommes un fonds de dotation, le don est déductible. Et vous recevez une attestation dans ce sens quand vous faites un don.

      Pierre

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